ECONOMIE

Tindouf, porte de l’Algérie sur l’Afrique :

Un salon, une stratégie, une ambition continentale

I. Un rendez-vous à la hauteur des enjeux

Inauguré sous la présidence du secrétaire général du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Abdesslam Djahnit, le salon marque une étape décisive dans la stratégie algérienne de diversification économique. La cérémonie d’ouverture, qui s’est tenue en présence d’une délégation de haut rang, a donné le ton d’un événement résolument tourné vers l’action.

« Cet événement constitue un rendez-vous économique majeur qui illustre l’orientation de l’Algérie vers le renforcement des exportations hors hydrocarbures », a déclaré Abdelatif El-Houari, directeur des mécanismes de soutien aux exportations au ministère du Commerce extérieur. Il a précisé que la manifestation réunit 104 entreprises nationales évoluant dans les secteurs de la production et des services, auxquelles s’ajoutent 45 entreprises artisanales, soit une mobilisation sans précédent du tissu économique algérien sur ce front.

Chiffres clés du salon

IndicateurDonnées
Entreprises industrielles et de services104
Entreprises artisanales45
Pays africains représentés10 (ambassadeurs & diplomates)
Durée du salon4 jours (24–27 avril 2026)
Secteurs exposésAgroalimentaire, BTP, énergies renouvelables, logistique
Croissance exports hors hydrocarbures (T1 2026)+16 % vs T1 2025

II. Une diplomatie économique au grand complet

La qualité du parterre diplomatique a conféré à l’événement une dimension quasi-ministérielle. Les ambassadeurs du Burkina Faso, du Niger, de la Sierra Leone, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et de la Mauritanie ont assisté à la cérémonie d’inauguration. Les représentations diplomatiques du Nigeria, du Sénégal, du Ghana et de la Guinée-Bissau ont également dépêché des délégués, témoignant d’un intérêt africain croissant pour le potentiel du « Made in Algeria ».

Cette présence massive n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans un contexte de réorientation des partenariats économiques du continent, où de nombreux États ouest-africains cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement. L’Algérie, forte d’une industrie agroalimentaire en plein essor, de capacités dans les matériaux de construction et d’une expertise logistique renforcée, se positionne comme un fournisseur stratégique de proximité.

« Cet événement illustre l’orientation de l’Algérie vers le renforcement des exportations hors hydrocarbures. Il ouvre des perspectives concrètes pour nos entreprises souhaitant accéder à la profondeur africaine. »
 — Abdelatif El-Houari, Directeur des mécanismes de soutien aux exportations, Ministère du Commerce extérieur

III. Tindouf : d’une sentinelle du désert à un hub continental

Une géographie qui devient stratégie

Le choix de Tindouf n’est pas fortuit. Cette wilaya de l’extrême ouest algérien, longtemps perçue comme une périphérie éloignée, est en réalité au croisement de corridors commerciaux qui relient le Maghreb au Sahel et à l’Afrique de l’Ouest. Sa position géographique en fait une porte d’entrée naturelle vers des marchés de plusieurs centaines de millions de consommateurs.

Sur le plan infrastructurel, les investissements de l’État sont considérables. La zone franche commerciale dénommée « El-Mouggar », instituée par décret exécutif n° 24-169 du 28 mai 2024, s’étend sur 200 hectares à environ 75 km au sud du chef-lieu de wilaya. Sa gestion a été confiée au groupe public Logitrans dans le cadre d’une convention de concession, pour un investissement évalué à 40,3 millions de dollars. Ce dispositif constitue l’une des cinq zones franches projetées aux frontières algériennes, aux côtés de Tin Zaouatine, Timiaouine, Bordj Badji Mokhtar et Debdeb.

Le poste frontalier Mustapha Benboulaïd, poumon du commerce transfrontalier

En marge de la cérémonie d’ouverture, le secrétaire général du ministère a effectué une visite au poste frontalier algéro-mauritanien « Chahid Mustapha Benboulaïd », situé au point kilométrique PK-75 Sud de Tindouf. Inauguré symboliquement en 2018 en présence des présidents Abdelmadjid Tebboune et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, ce passage représente un acquis infrastructurel majeur pour la région.

Depuis son entrée en service, le poste a enregistré une progression significative du nombre d’opérations d’exportation. En 2019, 132 opérations avaient déjà été recensées sur les onze premiers mois de l’année, illustrant une dynamique commerciale ascendante. Les échanges bilatéraux entre l’Algérie et la Mauritanie atteignent près de 200 000 tonnes de produits, représentant l’équivalent de 5 milliards de dinars d’échanges commerciaux annuels selon les données du ministère du Commerce.

La route reliant Tindouf à Zouerate (Mauritanie), dont les travaux ont été lancés conjointement par les deux présidents, renforcera encore davantage l’attractivité de ce couloir logistique, en réduisant les temps et coûts de transport vers les marchés sahéliens.

IV. Des exportations en plein envol : les chiffres parlent

L’organisation de ce salon à Tindouf intervient dans un contexte de performance remarquable des exportations algériennes hors hydrocarbures. Selon les données communiquées par Abdelatif El-Houari sur les ondes de la Radio nationale, ces exportations ont enregistré une progression de 16 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025.

Cette tendance s’inscrit dans une trajectoire soutenue : en 2025, les exportations hors hydrocarbures avaient déjà progressé de 23 % sur les sept premiers mois de l’année, avec les engrais et produits chimiques atteignant environ 1,5 milliard de dollars, et les matériaux de construction progressant de 11 % pour dépasser 560 millions de dollars. Sur les neuf premiers mois de 2025, la valeur totale des exportations hors hydrocarbures avait atteint 4,3 milliards de dollars, en hausse de 26 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Le gouvernement, sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. L’État cible à terme un palier entre 10 et 15 milliards de dollars, en misant sur les débouchés africains offerts par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

V. La ZLECAf, catalyseur d’une ambition stratégique

Le salon de Tindouf prend une dimension particulière dans le contexte de la mise en oeuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Ce cadre offre aux entreprises algériennes un accès élargi à un marché de plus de 1,2 milliard de consommateurs, avec une levée progressive des barrières tarifaires entre les 55 États membres de l’Union africaine.

L’Algérie s’est positionnée comme un acteur clé de ce processus d’intégration économique continentale. La Foire du commerce intra-africain (IATF), organisée à Alger du 4 au 10 septembre 2025, avait déjà constitué un signal fort, rassemblant entre 1 600 et 2 000 exposants de près de 140 pays et plus de 35 000 visiteurs. Les contrats signés lors de cet événement ont d’ores et déjà commencé à produire leurs effets : la wilaya de Tizi Ouzou, par exemple, a exporté en 2026 ses premières pièces de rechange automobiles (systèmes de freinage) vers la Tunisie et la Libye.

Pour 2026, le ministère du Commerce extérieur a établi un programme de 22 participations à des foires internationales, dont la moitié sur le continent africain. Le salon de Tindouf s’inscrit dans cette offensive commerciale concertée.

VI. Un espace d’affaires opérationnel, pas une simple vitrine

Les organisateurs ont pris soin de concevoir l’événement comme une plateforme de mise en affaires concrète, et non comme une simple exposition. Des rencontres B2B ont été organisées entre opérateurs algériens et acheteurs africains, avec des espaces dédiés aux négociations directes. Des ateliers spécialisés ont été animés sur les dispositifs d’accompagnement des exportateurs : mécanismes de crédit à l’export, couverture logistique, assurances à l’exportation, ainsi que les procédures douanières aux postes frontaliers terrestres.

La Chambre algérienne du commerce et de l’industrie (CACI) et le vice-président de la Fédération nationale des producteurs et exportateurs algériens, Saïd Dellioua, avaient activement relayé l’appel à participation avant l’ouverture, qualifiant l’événement d’« opportunité à ne pas manquer » pour les opérateurs souhaitant tester et développer leurs marchés africains.

L’artisanat a également occupé une place de choix avec 45 entreprises artisanales présentes, témoignant de la volonté d’intégrer les produits à forte identité culturelle algérienne dans les circuits commerciaux internationaux. Un savoir-faire souvent méconnu des marchés africains, mais qui recèle un réel potentiel de différenciation.

VII. Un rendez-vous annuel en devenir

Au-delà de son édition inaugurale, les ambitions des organisateurs sont claires : faire de ce salon un rendez-vous annuel, une plateforme permanente et un repère incontournable dans l’agenda économique du continent. Le modèle envisagé est celui d’un événement évolutif, capable d’accueillir progressivement davantage d’exposants et d’acheteurs africains, et de se structurer comme un véritable carrefour des échanges commerciaux entre les deux rives du Sahara.

Cette ambition s’appuie sur un arsenal de mesures incitatives mises en place par l’État en faveur des exportateurs : fonds spéciaux dédiés à la promotion des exportations, accompagnement logistique, simplification des procédures douanières et développement des infrastructures de transit.

Le salon de Tindouf se poursuit jusqu’au 27 avril 2026. Pour les opérateurs économiques, le message ne saurait être plus clair : l’avenir de la croissance algérienne passe par le Sud, et Tindouf en est désormais le symbole et le passage obligé.

Sources et références

Dépêche APS du 24 avril 2026 (source primaire) — Ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations (mcepe.gov.dz) — Algérie360 : hausse de 16 % des exportations hors hydrocarbures, T1 2026 — ObservAlgérie : chiffres des exportations 2025 — Radio Algérienne : ZLECAf et stratégie africaine — Inter-Lignes.com : décret n° 24-169 portant création de la zone franche de Tindouf — Maghreb Online : convention Logitrans/poste frontalier Mustapha Benboulaïd — APS : poste frontalier Chahid Mustapha Benboulaïd, ouverture et historique — CACI / Fédération nationale des producteurs exportateurs algériens.