Mir Mohamed honoré à Sidi Bel-Abbès :
Un demi-siècle de plume au service des lettres, de la mémoire et du terroir
La direction de la culture et des arts Kateb Yacine de Sidi Bel-Abbès a rendu, ce jeudi 30 avril, en collaboration avec les enseignants et chercheurs en histoire de l’université Djilali Liabès, un hommage mérité au journaliste et écrivain Mir Mohamed. Cinq décennies d’écriture engagée, une double identité de reporter et de statisticien, un ancrage indéfectible dans son Oranie natale : la cérémonie a célébré une voix rare et précieuse du paysage culturel algérien.
Une cérémonie à la hauteur d’un parcours exceptionnel
C’est dans l’enceinte de la maison de la culture Kateb Yacine, haut lieu du rayonnement artistique et intellectuel de la wilaya de Sidi Bel-Abbès, que s’est tenue cette cérémonie d’hommage particulièrement émouvante. Organisée conjointement par la direction de la culture et des arts et les enseignants-chercheurs en histoire de l’université Djilali Liabès, la manifestation a réuni un parterre de personnalités du monde académique, journalistique et culturel, venues témoigner de leur admiration pour un homme qui a fait de la rigueur et de l’engagement les pierres angulaires de son œuvre.
Mir Mohamed, journaliste, écrivain et web editorial manager, est une figure emblématique de la presse algérienne dont la carrière s’étend sur plus de cinq décennies. Originaire de Sidi Bel-Abbès, statisticien de formation ayant débuté aux services agricoles, il embrasse le journalisme dès 1969, marquant de son empreinte les plus grands titres nationaux et régionaux.
Un demi-siècle au service de la presse nationale
Véritable témoin de l’évolution des médias en Algérie, Mir Mohamed a débuté comme correspondant pour l’Agence de Presse Service (APS) dès 1969, avant de collaborer avec les quotidiens historiques La République (Tlemcen et Sidi Bel-Abbès) et El Moudjahid. Il a également occupé des postes de responsabilité, notamment comme Premier correspondant du quotidien Le Matin à Sidi Bel-Abbès (1991-1994), puis comme Chef de bureau régional pour Voix de l’Oranie et Sawt El Gharb durant près de vingt ans (1999-2016).
La singularité de son parcours réside dans la double compétence qu’il a su développer avec une rare maîtrise. Journaliste de conviction, Mir Mohamed a parallèlement exercé des fonctions dans le domaine de la statistique, menant des enquêtes de terrain à travers tout le territoire algérien pour le compte d’organismes nationaux et internationaux. Cette immersion dans l’univers de la donnée lui confère une acuité peu commune : il écrit avec la sensibilité du chroniqueur et la précision du statisticien, offrant à ses lecteurs des analyses où la rigueur nourrit la profondeur du récit.
Pionnier du journalisme environnemental et numérique
Pionnier de l’adaptation numérique, Mir Mohamed occupe aujourd’hui les fonctions de Web Editorial Manager du média elgharb.info, de correspondant du journal en ligne twala.info ainsi que de collaborateur freelance pour diverses plateformes dédiées au journalisme environnemental. Son expertise dans ce domaine a été consacrée en 2023 par le Premier Prix « Presse écrite » du Concours National de Journalisme Environnemental (CNJE-2023) pour son enquête marquante intitulée « Steppes algériennes, survivre dans un monde desséché ». Ce texte illustre à merveille sa démarche : une écriture fluide, un sens narratif maîtrisé et une capacité à vulgariser des notions complexes pour les rendre accessibles au plus grand nombre.
De même, ses articles sur l’intelligence artificielle et la prévision des rendements céréaliers en Algérie témoignent de cette même exigence. En mettant en lumière à la fois les faiblesses structurelles des statistiques agricoles et les promesses d’une agriculture de précision, il reflète toute la maturité d’un professionnel rompu à l’art de conjuguer critique et construction.
La mémoire du raï et la voix des racines
Mais la plume de Mir Mohamed ne s’arrête pas aux champs agricoles ou aux enjeux environnementaux. Sur twala.info, il a signé une série d’articles devenus incontournables, consacrés aux précurseurs du raï bel-abbésien, croquant avec justesse et tendresse les portraits de Cheikha Djenia, Cheikha Rimitti, Ahmed Zarhui, Cheb Yacine, Cheikh Mqalech, Cheikh Nâam… Ces récits sont autant de fenêtres ouvertes sur l’âme populaire, un patrimoine immatériel qui dialogue avec la modernité et que, sans lui, beaucoup de voix et de mémoires auraient pu se perdre à jamais.
C’est peut-être là que s’éclaire l’un des traits les plus singuliers de son parcours : le choix de rester. Alors que beaucoup de ses camarades de lycée ont pris le chemin de l’exil vers les Pays-Bas, la France ou le Canada, et que ses propres enfants — Mouloud, Zoukha et Iliès — ont, trois décennies après lui, suivi ce mouvement de départ, lui a fait le pari de l’ancrage. Il s’est fait le chroniqueur discret mais infatigable de ceux qui restent, de ces voix et de ces mémoires qui constituent le vrai socle d’une identité collective.
Un nouvelliste primé : la consécration littéraire
Au-delà du journalisme, Mir Mohamed s’est également imposé comme un nouvelliste de talent. En décembre 2025, sa nouvelle Le Mirage d’Estelle a été couronnée du Premier Prix de la nouvelle littéraire de langue française, lors de la première édition du concours organisé par Artissimo & Mare Nostrum. Saluée par un jury prestigieux composé de Lazhari Labter, Bachir Mefti et Mustapha Benfodil, son œuvre se distingue par une exploration fine de l’intimité à l’épreuve du virtuel et du travail de mémoire.
« Lire Mir Mohamed, c’est parcourir à la fois les sillons des terres agricoles et les couloirs vibrants de la mémoire musicale, c’est cheminer entre la science des chiffres et la poésie des mots. Il appartient à cette génération de journalistes qui ont su faire du terrain une école de vérité, et de la plume une arme douce mais intransigeante. »
— Dr Zakura Argel
À travers cet hommage solennel, la direction de la culture et des arts Kateb Yacine de Sidi Bel-Abbès et l’université Djilali Liabès ont rendu justice à un acteur incontournable de la scène culturelle de l’Oranie. Semeur de données et moissonneur de récits, passeur d’histoires et gardien de la mémoire populaire, Mir Mohamed demeure, depuis plus d’un demi-siècle, la voix fidèle de ceux qui restent — cultivant, loin du tumulte officiel, un attachement rare à ses racines et aux inoubliables ganas de Cheikh El Mqalech, le chantre des Zghaba de Bario Alto, Gambetta, Sidi Djillali et Village Errih.
Rédaction du journal elgharb.info
D’après une contribution de Dr Zakura Argel