Albert Camus, d’une rive à l’autre

Soixante-six ans après sa disparition, Albert Camus demeure l’un des rares écrivains capables de faire dialoguer, sans les confondre, la mémoire algérienne et celle des Français d’Algérie. Publié en juillet 2026 sous la direction littéraire de Marie-Claude San Juan, l’essai collectif Albert Camus, d’une rive à l’autre réunit vingt-deux voix des deux bords de la Méditerranée en sept mouvements. Un seul pari les traverse toutes : faire de l’auteur de La Peste un pont, plutôt qu’un champ de bataille mémoriel.

Edgar Morin (1921-2026) : mort d’un siècle de pensée vivante

Il se définissait lui-même comme un « braconnier du savoir », un passeur de frontières entre disciplines que tout semblait séparer : la sociologie et la biologie, la philosophie et le cinéma, la politique et l’épistémologie. Edgar Morin — né David Salomon Nahoum le 8 juillet 1921, résistant, exilé de ses propres certitudes, chercheur inclassable — aura consacré plus d’un siècle à une seule et même quête : comprendre comment fonctionne le monde sans jamais le mutiler par l’excès de simplification. Sa disparition, annoncée le 29 mai 2026, a provoqué une onde d’émotion dans les milieux académiques, politiques et culturels à travers le monde. De Paris à Santiago du Chili, de Tokyo à Alger, les hommages ont afflué pour saluer celui que l’UNESCO avait qualifié d’« humaniste planétaire ».

LYNDA CHOUITEN, PASSEUSE DE LANGUES ET BRISSEUSE DE SILENCES

Un cheveu dans une soupe. Une couturière algérienne rêvant de Vienne. Des blattes qui dansent sur fond de Hirak. Lynda Chouiten n’écrit pas des romans ordinaires — elle construit des architectures qui dérangent. Depuis son premier roman paru en 2017, cette universitaire de Boumerdès, née en Kabylie, a imposé un style reconnaissable entre mille : drôle et grave, lyrique et incisif, enraciné dans l’Algérie profonde et ouvert sur le monde. Sa prose a traversé l’Atlantique. Il est temps d’en examiner les fondations.

Ahmed Réda Houhou : Le père oublié du roman algérien en langue arabe

Pourtant, ce visage aux lunettes rondes est celui de l’homme qui a changé le cours des lettres algériennes — en arabe, la langue que le système colonial s’acharnait à faire taire. Ahmed Réda Houhou, né en 1910 à Sidi Okba et assassiné à Constantine le 29 mars 1956, est le premier romancier algérien de langue arabe, le précurseur du journalisme satirique au Maghreb, et l’une des consciences les plus lucides que la guerre d’indépendance ait sacrifiées sur son autel. Soixante-neuf ans après sa mort, son nom mérite enfin la place que l’histoire lui doit.

Nassira Lachlak : la chercheuse qui a choisi le poème pour voir l’invisible

Pionnière des biotechnologies, détentrice de brevets, docteure en recherche médicale — Nassira Lachlak aurait pu s’arrêter là. En février 2026, elle a publié Prismes d’émotions, son premier recueil de poésie, quatre-vingt-dix textes qui prouvent qu’entre le microscope et la métaphore, il n’existe parfois qu’une seule et même façon de chercher la vérité.

Littérature de jeunesse en Algérie : entre résistance silencieuse et renouveau académique, un colloque brise l’oubli

Ce mercredi 15 avril 2026, l’Université Djillali Liabès de Sidi Bel Abbès ouvre officiellement les portes d’un colloque national hybride consacré à la littérature de jeunesse. Deux jours de communications, de débats et de networking s’engagent autour d’une question que les institutions algériennes tardent à prendre au sérieux : dans un pays de quarante-cinq millions d’habitants dont la moitié a moins de vingt-cinq ans, la littérature destinée aux enfants reste largement invisible, sous-financée et méconnue. Portrait d’un champ culturel qui résiste malgré tout.