Back to Town : quand Batna retrouve sa jeunesse électrique

Dans une salle qui porte elle-même les traces du temps, le ciné-club Anis propose ce samedi une rencontre rare : celle d’un film qui ressuscite les Play Boys de Batna, groupe emblématique des années 1960, et d’un public que la mémoire musicale algérienne n’a cessé de traverser. « Back to Town » de Djamel Lakehal — Grand Prix Technique du Festival International du Film d’Alger 2025 — sera projeté à 14 h à la cinémathèque El Moksi, en présence de son réalisateur.

Visa Schengen en Algérie : lire Lyas Hallas, c’est lire notre époque

Une enquête publiée sur Twala.info vient d’éclairer sous un jour nouveau la mécanique des visas Schengen en Algérie. Son auteur, le journaliste d’investigation Lyas Hallas, a produit bien plus qu’un reportage sur VFS Global : un miroir tendu à une société qui apprend, à ses dépens, que la frontière est devenue une marchandise.

Edgar Morin (1921-2026) : mort d’un siècle de pensée vivante

Il se définissait lui-même comme un « braconnier du savoir », un passeur de frontières entre disciplines que tout semblait séparer : la sociologie et la biologie, la philosophie et le cinéma, la politique et l’épistémologie. Edgar Morin — né David Salomon Nahoum le 8 juillet 1921, résistant, exilé de ses propres certitudes, chercheur inclassable — aura consacré plus d’un siècle à une seule et même quête : comprendre comment fonctionne le monde sans jamais le mutiler par l’excès de simplification. Sa disparition, annoncée le 29 mai 2026, a provoqué une onde d’émotion dans les milieux académiques, politiques et culturels à travers le monde. De Paris à Santiago du Chili, de Tokyo à Alger, les hommages ont afflué pour saluer celui que l’UNESCO avait qualifié d’« humaniste planétaire ».

Wassiny Laaredj ressuscite Rimitti : Quand la littérature algérienne ose regarder ses propres démons

Elle était la voix que l’on dansait la nuit et que l’on reniait le matin. Cheikha Rimitti, mère fondatrice du raï algérien, vient de trouver son romancier. Avec Rimitti, chants de braises et de feu, Wassiny Laaredj signe une œuvre aussi dérangeante qu’indispensable — et rouvre une blessure que la société algérienne préfère, depuis trop longtemps, laisser en friche.

Emir Abdelkader, bâtisseur d’État et précurseur des droits humains : Mascara célèbre un géant de l’Histoire

À Mascara, ville natale de l’Émir, une conférence scientifique de haut niveau a rendu hommage, lundi soir, à l’une des figures les plus complexes et les plus universelles de l’histoire algérienne. Fondateur d’un État souverain, stratège militaire hors pair et pionnier du droit humanitaire international, Abdelkader Al-Jazairi continue, 143 ans après sa mort, d’irriguer la mémoire collective et d’inspirer les débats contemporains.

LYNDA CHOUITEN, PASSEUSE DE LANGUES ET BRISSEUSE DE SILENCES

Un cheveu dans une soupe. Une couturière algérienne rêvant de Vienne. Des blattes qui dansent sur fond de Hirak. Lynda Chouiten n’écrit pas des romans ordinaires — elle construit des architectures qui dérangent. Depuis son premier roman paru en 2017, cette universitaire de Boumerdès, née en Kabylie, a imposé un style reconnaissable entre mille : drôle et grave, lyrique et incisif, enraciné dans l’Algérie profonde et ouvert sur le monde. Sa prose a traversé l’Atlantique. Il est temps d’en examiner les fondations.

Dol, troll et pseudos : les nouveaux jeux de rôles numériques

En 1993, le dessinateur Peter Steiner publiait dans le New Yorker une vignette devenue prophétique : deux chiens devant un ordinateur, l’un confiant à l’autre — « Sur internet, personne ne sait que tu es un chien. » Trente ans ont passé. On ne rit plus. Ce qui était une boutade est devenu une architecture. Et derrière cette architecture, le vieux droit civil a un mot précis pour ce qui se passe : le dol. La tromperie organisée. Le vice du consentement à l’heure des avatars.

Ahmed Réda Houhou : Le père oublié du roman algérien en langue arabe

Pourtant, ce visage aux lunettes rondes est celui de l’homme qui a changé le cours des lettres algériennes — en arabe, la langue que le système colonial s’acharnait à faire taire. Ahmed Réda Houhou, né en 1910 à Sidi Okba et assassiné à Constantine le 29 mars 1956, est le premier romancier algérien de langue arabe, le précurseur du journalisme satirique au Maghreb, et l’une des consciences les plus lucides que la guerre d’indépendance ait sacrifiées sur son autel. Soixante-neuf ans après sa mort, son nom mérite enfin la place que l’histoire lui doit.

Nassira Lachlak : la chercheuse qui a choisi le poème pour voir l’invisible

Pionnière des biotechnologies, détentrice de brevets, docteure en recherche médicale — Nassira Lachlak aurait pu s’arrêter là. En février 2026, elle a publié Prismes d’émotions, son premier recueil de poésie, quatre-vingt-dix textes qui prouvent qu’entre le microscope et la métaphore, il n’existe parfois qu’une seule et même façon de chercher la vérité.

SIDI BEL-ABBÉS : À la Croisée de la Mémoire et de l’Identité

Ils sont venus de Sidi Bel Abbès, de Saïda, d’Aïn Témouchent, de Mascara, de Constantine, de M’Sila. Universitaires chevronnés, chercheurs indépendants, gardiens d’une mémoire plurielle. Réunis le 30 avril 2026 sous les voûtes de la Maison de la Culture « Kateb Yacine », ils ont transformé une salle de conférences en tribunal de l’histoire — celui qui rend à la Mékerra ce que le temps et l’oubli lui ont pris.

Mir Mohamed honoré à Sidi Bel-Abbès :

La direction de la culture et des arts Kateb Yacine de Sidi Bel-Abbès a rendu, ce jeudi 30 avril, en collaboration avec les enseignants et chercheurs en histoire de l’université Djilali Liabès, un hommage mérité au journaliste et écrivain Mir Mohamed. Cinq décennies d’écriture engagée, une double identité de reporter et de statisticien, un ancrage indéfectible dans son Oranie natale : la cérémonie a célébré une voix rare et précieuse du paysage culturel algérien.

Djilali Kadid — L’Églogue en Bleu

S’arrêter devant la dernière toile de Djilali Kadid, « Chafchaouen, le poème bleu », c’est accepter de perdre ses repères géographiques pour entrer dans une géographie de l’âme. Inscrit dans la série « Le Tour du Jour en 80 Mondes », ce nouvel acte dépasse la simple vue urbaine : il nous plonge dans une fréquence chromatique pure, portée par l’expérience cumulée d’un artiste que quatre décennies de peinture, de voyages et de transmissions culturelles ont forgé de façon unique.